ARTERITE DU CANNABIS

A. BENJELLOUN*, O. EL MAHI*, Z. LAHLOU*, B. LEKEHAL*, Y. SEFIANI*,

A. EL MESNAOUI*, F. AMMAR*, Y. BENSAID*, Z. TAZI**, T. MEKOUAR***

Le cannabis est la substance illicite la plus consommée dans le monde. Sa responsabilité dans l’étiologie des thromboangéites juvéniles, associée ou non au tabac, a déjà été évoquée. L’artérite du cannabis ressemble à la maladie de Léo Buerger par sa représentation clinique et radiologique mais en diffère par le caractère modéré de la consommation de tabac et au contraire la régularité et l’importance de la consommation de cannabis, ainsi que par les constatations anatomopathologiques qui ne sont pas exactement celles décrites dans la maladie de Léo Buerger.

Il existe trois sortes de cannabis, au Maroc c’est la variété Sativa qui est cultivée.

Le cannabis se présente sous forme de plante séchée, de résine séchée ou de distillat fumé ou mélangé au tabac ou en pipe de Kif.

L’artériopathie au cannabis a été décrite pour la première fois par Sterne et Ducastaing en 1960 à  propos de vingt cas.

La présentation clinique de l’artérite liée au cannabis est proche de celle de la maladie de Léo Buerger à tel point qu’on peut supposer qu’il s’agit d’une simple forme clinique de cette dernière.

Nous rapportons huit cas colligés au sein de notre formation (Pr. Y. BENSAID).

Il s’agit d’hommes jeunes de 18 à 40 ans , présentant un tableau d’ischémie distale subaiguë, d’apparition progressive, très douloureuse, touchant les membres inférieurs essentiellement. On retrouve une localisation   aux membres supérieurs chez trois de nos patients . Un cas d’atteinte ilio-fémoro-poplitée a été décrit.

Les troubles trophiques constants chez nos patients, sont fréquents avec apparition de lésions de nécrose et de gangrène, nécessitant parfois des gestes d’amputation. La présence d’ulcérations pulpaires est également rapportée. De manière précoce, un ou plusieurs pouls disparaissent en distalité. Un phénomène de Raynaud peut être associée ( 3 cas sur 10 dans la série de Disdier, chez 2 de nos 8 patients).

L’artériographie met en évidence des lésions distales comme c’est le cas pour 6 de nos 8 patients, plus rarement une atteinte proximale. Les lésions sont le plus souvent bilatérales et ressemblent à celles observées dans la maladie de Léo Buerger : sténoses segmentaires, régulières,   nombreuses oblitérations, cependant la  collatéralité est moins bien développée que dans l’artérite de Léo  Buerger.

Les signes négatifs sont importants à considérer : absence de facteurs de risque cardio-vasculaire, d’hyperviscosité, de thrombophilie, absence de pathologie embolique, de maladie du tissu élastique, ou  de piège vasculaire.

La capillaroscopie, quand elle est pratiquée, montre un aspect de microvascularite organique.

La consommation de cannabis est retrouvée chez tous les patients : intoxication importante pour les sujets rapportée par Sterne. Nos patients consomment 5 à 6 joints par jour et 15 à 20 kifs par jour depuis une période de 6 à 20 ans. Une intoxication tabagique chronique est toujours associée mais celle-ci est modérée (ce n’est pas un critère d’exclusion de Léo Buerger). Il n’a pas été mis en évidence d’autre toxicomanie associée, en particulier cocaïne, héroïne ou amphétamines.

L’aspect anatomopathologique n’est pas bien connu mais il semble différer de celui rencontré lors  la maladie de Buerger.

L’évolution peut être sévère lorsque le sevrage n’est pas obtenu, pour certains malades, le recours à l’amputation est nécessaire. Dans notre série, une amputation transmétatarsienne et une amputation de cuisse ont été réalisées chez deux patients qui ont repris leur intoxication.

Le traitement comporte essentiellement le sevrage du tabac et du cannabis. A la phase aiguë, les mesures sont symptomatiques et comportent l’utilisation de l’iloprost, des vasodilatateurs artériolaires et des anticoagulants. A la phase chronique, se sont les antiagrégants plaquettaires qui sont prescrits. Peuvent être également réalisées une sympatholyse, une thrombolyse in situ ou un pontage qui n’est pas toujours possible de fait de l’absence de lit d’aval. Le recours à l’amputation ou à des nécrosectomies est malheureusement le plus souvent nécessaire en cas de persistance de l’intoxication, dans notre série, on a eu recours à 4 amputations mineures, à une amputation transmétatarsienne et à une amputation de cuisse.

CONCLUSION :

Le cannabis jouerait-t-il une action isolée ou en synergie avec le tabac ? Tout laisse  supposer qu’il représenterait un facteur de risque additionnel probable dans les artérites juvéniles.

L’artérite du cannabis serait-t-elle une entité propre ? une forme clinique de la maladie de Léo Buerger ou ferait-elle partie des syndromes de Buerger ?

Pour pouvoir répondre à ces questions, il faut mieux définir la sémiologie, la fréquence, la signification de cette affection reémergente et/ou méconnue. En fin, la nécessité d’établir un registre marocain s’impose pour mieux définir la place de cette artérite parmi les artériopathies juvéniles.

*Clinique chirurgicale « ‘D » CHU – Ibn Sina – Rabat

**Clinique médicale « A » CHU – Ibn Sina – Rabat

***Clinique Agdal – Rabat

 

1 Comment

 

  1. 5 avril 2012  15 h 02 min by LEGRAND MARC Répondre

    Je suis un exemple parfait de cette exposé, je vous ecrit du centre de rééducation d'où j'apprend a vivre avec une prothèse tibiale. Fumeur exclusivement de joint (10 à 12 par jour), je confirme cette thèse d'artérite du canabis, confondue ou assimilée à l'artérite de Buerger. Les dégats sont evidement irréversible quand on en arrive à l'amputation, mais arreter la consommation de shit, et du tabac qui va avec, est la seule solution viable dans le temps. La mienne aura été simple : Stop ! Plus jamais je ne mettrai une cigarette dans ma bouche, encore moins un joint ! Un jour j'ai décidé (tardivement certe), mais je ne reviendrai pas dessus....cela s'appele la volonté et c'est la meilleure des méthodes. Je ne fumes plus depuis ce jours là, cela n'a pas empécher une plaie de s'infecter meme un an et demi après, me provoquant un nécrose, puis une gangrène et enfin une amputation au dessous du genoux. Tout est parti d'un ongle du petit orteil mal coupé. Je confirme que même avec du temps et de la volonte, ça ne repousse pas.......alors CQFD, arretez tant qu'il est temps, ou encore mieux, ne commencez pas.

Laisser un commentaire

 

Your email address will not be published.